L’ADMR 64 s’engage pour la prévention de la santé au travail des ses équipes !

L’ADMR, premier réseau français des services à la personne

L’ADMR est la référence du service à la personne depuis plus de 70 ans. Réseau associatif national, l’ADMR se compose de plus de 2 700 associations indépendantes les unes des autres sur l’ensemble du territoire. Ces associations se regroupent en fédérations départementales, et nous allons nous intéresser à la fédération ADMR 64, fédération des Pyrénées-Atlantiques.

Depuis plus d’un an maintenant, Romane Repessé, ergonome chez Moovency, accompagne la fédération ADMR 64 dans un vaste projet de prévention, de sensibilisation et d’amélioration des conditions de travail de leurs équipes. Partie d’une analyse des conditions de travail dans le cadre du dispositif TMS pro de la CARSAT et poussée par la volonté de la vice-présidente Véronique POMMIES et de la directrice de la fédération Isabelle DAVANCENS, l’étude de poste effectuée l’année dernière a abouti à un projet beaucoup plus vaste de révision des conditions et de l’organisation du travail de leurs agents, de formation de leurs équipes via leur centre de formation l’IFAAD, et de campagne de sensibilisation de tout leur écosystème !

Laissez-nous vous en parler… 

D’une action TMS pro à une analyse ergonomique globale : 

 

Pour Isabelle Davancens directrice de la fédération ADMR 64, tout est parti d’un constat : avec un nombre croissant de personnes dépendantes, les conditions de travail de ses équipes devenaient de plus en plus difficiles, et cela à plusieurs niveaux. Les arrêts maladie se multipliaient, il était difficile de trouver du personnel et de les maintenir en poste, sans parler du stress lié à la charge de travail en augmentation… 

La Fédération ADMR du 64 avait déjà fait appel au programme aidant/aidé proposé par la CARSAT, mais Isabelle souhaitait aller plus loin et trouver des solutions durables pour mettre en place et promouvoir un environnement de travail aux conditions optimales. C’est dans ce cadre que la Fédération a décidé de faire appel au programme TMS Pros et s’est donc tournée vers Moovency et Romane Repessé, notre ergonome présente dans le sud-ouest. Mais comment organiser une analyse de poste dans un environnement de travail comme l’aide à domicile, c’est-à-dire chez des bénéficiaires ? Une démarche participative qui s’adapte au terrain.

Pour pouvoir entrer dans les détails, il faut d’abord bien comprendre qu’une analyse ergonomique de poste est une démarche globale qui vise à optimiser les conditions de travail pour réduire les risques de blessures, améliorer le bien-être des employés et accroître l’efficacité opérationnelle. L’ergonome, au travers d’entretiens individuels, d’observations sur le terrain, de mesures et d’analyses biomécaniques, et sur la base des données recueillies, va pouvoir rédiger un diagnostic complet et formuler des recommandations qui seront travaillées avec toutes les parties prenantes.

La démarche de Romane devait donc se découper en plusieurs grandes étapes : 

 

  • Cadrage de l’intervention : définition du périmètre d’intervention, des objectifs. 
  • Information aux équipes : explication des méthodes, rappel du contexte, de son rôle… 
  • Analyse du travail des agents : recueil des données biomécaniques avec Kimea, recueil des données psychologiques via des entretiens puis organisationnelles et environnementales en accompagnant les aides à domicile directement chez les bénéficiaires. 

L’ADMR 64 est composée de 20 associations, et c’est celle de Morlas qui a été sélectionnée pour cette analyse. Ainsi, après avoir informé tous les participants (bénéficiaires et aides à domicile) sur la démarche et ses objectifs et obtenu leurs accords, Romane a pu accompagner les agents dans leur journée de travail. Elle a donc été aux côtés des équipes pendant plusieurs jours, pour filmer leurs mouvements, mais aussi comprendre leur organisation, observer leur méthode de travail, les questionner sur leurs tâches et activités, le tout pour mettre en lumière les contraintes et ressources dans le travail des agents. Après plusieurs jours d’observation et de captation, Romane a ensuite étudié et analysé tous les facteurs de risques de TMS que les agents pouvaient rencontrer afin d’en tirer un rapport d’analyse complet : chronique d’activité, relevé de verbatims, vidéos, recueil du ressenti des équipes, comparatifs entre les différentes situations de travail… 

Une première série de constats 

Les équipes, de par l’organisation et la charge de travail, ressentaient un stress quotidien important et subissaient une charge mentale forte. La variabilité des lieux renforçait les contraintes physiques sur certaines tâches (par exemple, passer le balai dans des endroits exigus, le nombre de poubelles à vider/porter et selon la distance). 

Le niveau de dépendance des patients avait une influence sur les contraintes physiques des AVD : les toilettes dans le lit sont très contraignantes, d’autant plus que la frontière avec les aides-soignantes est très floue. Les tâches dites « d’entretien du cadre de vie », serpillère – nettoyage – machine à laver, sont les plus contraignantes en matière de TMS ; tout comme les tâches dites « d’assistance » : sortie du lit – assistance chaise percée… 

Suite à ces premiers constats, la fédération 64 et Romane se sont retrouvées face à deux problématiques : 

Comment solutionner les problématiques évoquées ci-dessus dans un environnement de travail où il est difficile d’agir (n’ayant pas de pouvoir de décision chez les bénéficiaires)? 

Et surtout, comment mettre en place une démarche de prévention pérenne, duplicable et donc transmissible à l’ensemble du personnel et aux nouveaux entrants. 

« On parle de travail bien fait, mais c’est aussi de notre responsabilité de fournir des conditions de travail optimales pour permettre à nos agents de fournir un travail de qualité… »

Isabelle DAVANCENS
Directrice fédérale de l’ADMR 64

La formation : prise de recul, sensibilisation, compréhension 

Deux axes de travail ont été pensé en ce qui concernant la formation des équipes  : 

1- La formation d’un référent santé-sécurité dans chacune des 20 associations de l’Admr 64 :

Consciente que l’implication des équipes allait jouer un rôle crucial pour la suite, il était primordial de réussir à maintenir la dynamique de groupe déjà initiée lors des groupes de parole mis en place pendant la phase d’étude.

Sur la base du volontariat, dans chaque association un agent allait endosser le rôle de référent santé/sécurité et se charger d’être et de devenir le relais opérationnels de la prévention et de la santé sécurité au travail de manière globale.

Chaque référent est aussi équipé de la solution Kimea. L’objectif ? Mettre en image la réalité terrain et avoir à leur disposition un outil de visualisation des gestes et activités à risques, et donc permettre aux équipes de mieux comprendre les risques qu’ils/elles subissent. 

Tous les trimestres les référents et la direction de l’ADMR se réunissent lors de commissions pour échanger sur les problématiques terrains remontées et surtout trouver des solutions pérennes à mettre en place rapidement sur le terrain.

2- La création d’une formation « Prévention des TMS », via l’IFAAD 64  :

Depuis quelques temps maintenant, la fédération ADMR 64 a parié sur la formation et la sensibilisation pour ses équipes. La fédération a décidé de créer son propre organisme de formation, l’IFAAD 64, certifié Qualiopi, et s’est aussi dotée d’un appartement témoin recréant les conditions réelles d’un lieu de vie d’un bénéficiaire. De cette manière, les membres de la fédération peuvent bénéficier de formations alliant théorie et pratique dès leur arrivée et tout au long de leur carrière.

Ainsi, une formation plus globale de sensibilisation et prévention des risques de TMS a été spécialement développée et conçue pour coller aux besoins réels des équipes de l’ADMR. Alliant formation théorique et pratique grâce à la mise en situation dans l’appartement témoin, cette formation a pour vocation d’être diffusé aux nouveaux entrants dans l’association. 

Kimea est utilisé comme outil de visualisation terrain, dans l’appartement témoin, pour montrer les risques, mais surtout les gestes professionnels qui préservent la santé, et ainsi rendre les salariés acteurs de leur prévention. Ici encore, l’ADMR et Romane ont une vision beaucoup plus large de l’utilisation de ces vidéos. La volonté : créer une base de vidéos Kimea sur la gestuelle professionnelle accessible à tous, pour fournir aux équipes des images de prévention auxquelles elles pourront accéder quand elles en auront envie ou en ressentiront le besoin.

Une optimisation de l’organisation du travail  

Suite à la première analyse de Romane, il est apparu que les équipes avaient un ressenti de stress au travail important. Le stress au travail est multifactoriel, mais il est tout de même ressorti que certains points d’organisation pouvaient être améliorés. Les responsables de l’ADMR ont donc eu l’humilité de remettre en question certaines de leurs pratiques et, accompagnés par Romane, ont revu quelques points d’organisation.

Les tournées qui jusqu’alors se faisaient majoritairement seules sont maintenant faites en binômes selon le niveau de dépendance des bénéficiaires. Les fiches de préparation d’intervention ont été revues pour poser certaines questions et sensibiliser aussi les familles des bénéficiaires aux problématiques que peuvent rencontrer les aides à domicile…

Dernier champ d’action : sensibiliser tout un écosystème 

Mais la démarche ne s’arrête pas là : il ne s’agit pas seulement d’établir des actions auprès des équipes et des bénéficiaires, il faut également sensibiliser l’écosystème autour afin de pérenniser ces actions.  Mais quels acteurs composent cet écosystème ?  

D’un bénéficiaire à un autre, l’environnement de travail diffère pour les aides à domicile, avec des problématiques différentes. En engageant un dialogue avec les familles des bénéficiaires, des solutions concrètes peuvent être trouvées pour améliorer les conditions de travail des aides à domiciles. Par exemple, les tâches d’assistance comme la sortie du lit peuvent être facilitées par l’installation d’un lit médicalisé. Cette piste est envisageable en interagissant avec la famille du bénéficiaire, qui aura été informée des contraintes rencontrées par l’aide à domicile sur cette tâche physique.  

Conscientes des problématiques, les familles ont désormais des leviers d’actions pour agir, et notamment auprès du médecin du bénéficiaire. Celui-ci pourrait prescrire un matériel médical adapté, soulageant à la fois le bénéficiaire et l’aide à domicile sur la sortie du lit.  

Cette démarche globale permet à l’écosystème environnant de prendre conscience des contraintes terrains et étendre le champ des actions, pour une amélioration continue des conditions de travail des aides à domicile.  

Pour conclure…  

Le projet initié par Romane et la Fédération de l’ADMR 64 va bien plus loin qu’une initiative locale : il dévoile les enjeux cruciaux du médico-social et souligne la pertinence des actions de prévention dans ce milieu. La révision des conditions de travail, basée à la fois sur la formation, la sensibilisation des équipes, l’optimisation de l’environnement de travail et l’approche collaborative avec différentes parties prenantes ont montrées une avancée significative pour la prévention des TMS. Ce projet ambitieux s’oriente vers l’avenir, avec la volonté de renforcer les actions entreprises pour continuer ce cercle vertueux d’amélioration continue. L’objectif est d’étendre ces initiatives à d’autres métiers du médico-social, pour créer un impact positif et durable au sein de l’ensemble du milieu. 

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