Capitalisation des gestes techniques avec KIMEA : le récit de GSF

Fondée en 1963, GSF est une entreprise spécialisée dans les prestations de propreté et de services, reconnue pour son expertise dans des environnements nécessitant un haut niveau d’exigence. Le groupe intervient auprès d’une grande diversité de clients et dans de nombreux secteurs d’activité, notamment :
- Agroalimentaire
- Industrie
- Nucléaire
- Pharmaceutique
- Santé et soins
- Surfaces de vente
- Tertiaire
- Transport
Ces environnements, souvent sensibles, nécessitent une connaissance technique spécifique ainsi qu’une identification fine des attentes propres à chaque client. GSF s’appuie sur son savoir-faire terrain pour garantir la qualité, la sécurité et la conformité des interventions.
Des chiffres clés
→ 1ère entreprise du secteur à avoir obtenu la triple certification QSE
→ Une présence à l’international : Etats-Unis, Canada et Royaume Uni
→ Un réseau de partenaires européens (ECS) pour les clients souhaitant bénéficier d’une qualité de prestation homogène sur leurs implantations européennes.
Le service R&D de GSF
Au cœur de l’univers GSF, on trouve Marie Battreau, ingénieure agroalimentaire et ergonome en cours de formation. Elle fait partie de GSF depuis 23 ans, au sein du pôle agro alimentaire du service Recherche & Développement (R&D), où 9 personnes travaillent.
Le service R&D est un service de support interne dont le rôle est d’appuyer les services de production, appelés “exploitation”, qui gèrent directement les équipes de nettoyage sur site. Le service R&D s’assure que les équipes opérationnelles ont bien identifié les attentes des clients, tout en les secondant sur le plan commercial (rédaction des offres) et sur le plan opérationnel, en réalisant des audits de prestations et en mettant en place des formations spécifiques.
Outre ce rôle de support, le service R&D, comme son nom l’indique, s’occupe également de l’innovation et de l’optimisation des prestations dans le secteur de la propreté et des services, en cherchant constamment à améliorer les méthodes et les pratiques sur le terrain. Ce travail est transversal et couvre plusieurs pôles spécialisés ; Marie Battreau intervient dans le pôle agroalimentaire, en lien avec son expertise métier.
Dans le cadre de cette fonction, elle réalise de nombreuses préconisations : préconisation de matériel, de produits chimiques, de méthodes de travail, avec une attention portée à la sécurité des opérateurs, même si un service dédié au siège gère la sécurité au sens strict.
Le service R&D apporte ainsi un savoir-faire et un savoir-être par son rôle de préconisateur, vérificateur et formateur. Il transmet non seulement les méthodes de travail mais aussi les bonnes pratiques professionnelles. C’est également là que commence la genèse de la question sur l’ergonomie et la manière de réduire la pénibilité des opérateurs dans leur activité quotidienne.
Un focus sur le nettoyage du secteur agroalimentaire
Dans le secteur agroalimentaire, GSF intervient sur une grande variété de sites industriels, allant de la viande au végétal, en passant par la biscuiterie et les industries de boissons.
Aujourd’hui, le groupe est présent sur plus de 380 sites industriels, et l’agroalimentaire représente 11 % du chiffre d’affaires global de GSF.
Répartition détaillée du CA Agro
Le nettoyage dans ce secteur est particulièrement exigeant et repose sur deux grandes méthodes complémentaires :
→ Nettoyage des surfaces ouvertes : il consiste à éliminer les salissures visibles sur les surfaces accessibles.
→ Nettoyage des surfaces fermées : il s’agit notamment des cuves ou équipements dans lesquels le nettoyage peut s’effectuer à tout moment de la journée. Ce type de nettoyage est moins souvent sous-traité et nécessite une expertise particulière.
Avant KIMEA : Le défi des études ergonomiques parfois fastidieuses
Au sein du groupe, une démarche de prévention des TMS existe depuis plusieurs années, pilotée par le service SMI (Système de Management Intégré) et Margot Lecaque, chargée de mission prévention santé, sécurité et TMS. Depuis plusieurs années, des études de poste ont été réalisées par les APTMS* dans le secteur agroalimentaire.
Depuis maintenant trois ans, Marie Battreau et l’un de ses collègues, Rémi Canepa, ont commencé à travailler sur ce sujet avec des experts métiers internes et le SMI. Sur le terrain, ils ont rapidement constaté que les opérateurs présentaient des problèmes de dos, des douleurs au canal carpien (“la fameuse pince”) et d’autres signes de fatigue liés à la répétition et à la difficulté des gestes réalisés.
Certaines pratiques témoignaient même d’adaptations improvisées, parfois à risque : certains opérateurs modifiaient leurs outils de nettoyage, par exemple en fixant des serflex autour des pistolets pour faciliter leur usage, ce qui pouvait créer d’autres risques.
* APTMS : Animateurs de la Prévention des Troubles Musculosquelettiques (TMS)
Et on voyait bien sur le terrain, avec nos audits, qu’on avait des gens usés. On se posait la question : « Comment ces opérateurs vont vieillir avec tout ça?”
Marie BATTREAU
Ingénieure R&D et Ergonome en formation
Une première analyse, menée de manière macro, a été lancée avec plusieurs collaborateurs connaissant bien le secteur agroalimentaire. Mais l’exercice s’est révélé plus difficile que prévu, car chaque collaborateur avait ses propres missions et il était difficile d’avancer. Les données disponibles étaient insuffisantes et peu représentatives de la réalité terrain. Pour pallier ces limites, une ressource supplémentaire a été mobilisée : un alternant, Benoît Caron, a travaillé pendant un an sur ce projet. Malgré cette aide, l’analyse restait fastidieuse et chronophage.
La formation interne pour devenir Animateur Prévention des TMS impose de décomposer l’activité de chaque opérateur pour analyser ses gestes. Une démarche longue et impossible à appliquer à tous les opérateurs, compte tenu de la diversité des postes.
J’étais bien consciente que tout le monde sait comment soulever et porter un carton. Tout le monde l’a en tête, mais sur notre secteur, nous n’avons aucun geste qui est identifié sur le “savoir faire”. On sait donner des conseils, par exemple en disant qu’il faut commencer par telle machine ou tel outil, mais concrètement on ne leur disait pas comment faire, en termes de gestes et postures.
Marie BATTREAU
Ingénieure R&D et Ergonome en formation
Par conséquent, conscients qu’il était difficile de tout analyser, surtout avec les spécificités de chaque situation de travail, Marie et Rémi ont souhaité s’appuyer sur un outil capable de les aider à gagner du temps sur l’identification des bonnes pratiques.
C’est dans ce contexte qu’ils se sont tournés vers Moovency et KIMEA pour obtenir des résultats objectifs et représentatifs et avancer plus efficacement et sereinement dans la démarche de prévention.
Avec KIMEA : D’un projet de cartographie à la création d’une base de données opérationnelle
Depuis fin 2024, Marie et son alternant ont commencé à utiliser KIMEA dans le cadre d’un vaste projet visant à cartographier les activités de nettoyage en secteur humide.
L’outil a été rapidement pris en main avec un objectif clair : constituer une véritable base de données dédiée au secteur agro, exploitable par toutes les équipes GSF, pour les opérations d’activité de nettoyage et des prestations de services.
Pour une opération comme le nettoyage du sol ou d’une surface en position basse, quatre familles de solutions peuvent être mobilisées :
Les solutions “gestes et métiers”

Crédit photo : GSF
Elles rappellent les bonnes pratiques attendues : privilégier un dos droit, se rapprocher de la surface en posant un genou à terre plutôt que de se pencher depuis la position debout, etc.
Les solutions “outils”
Il peut s’agir par exemple de recourir à l’usage de genouillères, ou à de postes de lavage permettant de travailler à hauteur pour éviter le travail directement au sol.
Les solutions “organisationnelles”
Ce sont des façons différentes de dérouler le mode opératoire pour réduire la durée ou la fréquence du travail au sol.
Les solutions “client”
Les équipes dépendent de l’environnement dans lequel elles interviennent. Il y’a ainsi une part d’échange avec le client : répartition des tâches, modification de l’environnement, aménagements, etc. Ces échanges peuvent avoir lieu en amont, au moment de la contractualisation, ou en cours de prestation.
Cela permettra à l’ensemble de la communauté Agro GSF d’accéder directement à ces recommandations. Ainsi, lorsqu’une équipe souhaitera mener une étude de prévention des TMS sur son site, elle pourra piocher dans la bibliothèque de bonnes pratiques du SMI, puis l’adapter aux spécificités locales.
Cette approche facilite la capitalisation des analyses, l’harmonisation des pratiques et la diffusion rapide des bonnes solutions au sein du réseau. Elle offre également une vision plus fine des différentes opérations, presque comme des « chroniques d’activité ».
Parfois, on a une équipe de 5 opérateurs et on se demande par qui commencer. Moovency me permet de filmer chaque personne, de visualiser les scores et de décider sur qui intervenir en priorité. Au niveau de chaque opérateur, on peut identifier quelle partie de son poste analyser en premier. Comme nos cycles sont longs et variés, et non répétitifs, l’outil nous aide aussi à détecter les activités les plus critiques. Je vois donc beaucoup d’intérêt à son utilisation.
Marie BATTREAU
Ingénieure R&D et Ergonome en formation
KIMEA, au coeur des échanges humains
Au-delà de son aspect technique, KIMEA a surtout permis de fédérer les équipes et d’ouvrir un espace de dialogue autour des pratiques de terrain.
L’outil a offert une base commune d’observation et d’analyse, facilitant les échanges entre opérateurs, encadrants et experts métiers. Ces retours très concrets ont permis de co-construire les solutions présentées plus haut : gestes et postures, outils, ajustements organisationnels, etc.
Ce sont des solutions qu’on nous a transmises, des solutions terrain.
Marie BATTREAU
Ingénieure R&D et Ergonome en formation

Crédit photo : GSF
KIMEA est ainsi devenu un support central d’échange. Avec une communauté agro particulièrement large et expérimentée, Marie et son équipe ont pu interroger une quinzaine de personnes sur leurs techniques de préservation ou de régulation dans des situations données.
KIMEA permettait alors d’illustrer précisément la scène, de comparer les pratiques, et de faire émerger des solutions directement issues de l’expérience des opérateurs.
Mettre en lumière l’expertise métier
Au fil des entretiens menés, Marie et son équipe ont récolté une quantité importante de retours terrain. Toute cette matière est aujourd’hui en cours de synthèse, avec un objectif clair : intégrer ces bonnes pratiques dans les futures formations internes. Deux formateurs internes sont déjà impliqués dans ce projet et assureront la diffusion de ces pratiques une fois le support fini.
Au-delà du contenu, cette démarche a permis de créer de véritables “sponsors”. Toutes les personnes sollicitées lors des entretiens ont joué un rôle essentiel, au travers d’un groupe de travail à distance, où chacun a pu contribuer à son échelle.
Ces personnes étaient fières de pouvoir donner leur technique de préservation qui mettaient en avant leur savoir-faire, qu’on n’avait jamais eu l’occasion de chercher plus tôt.
Marie BATTREAU
Ingénieure R&D et Ergonome en formation
Ce partage a également permis de mobiliser des profils très variés : des opérateurs en poste, des encadrants, et même un retraité, ravi d’être consulté sur son expertise accumulée. Une phrase revenait souvent lors des entretiens :
« Comment vous avez identifié cette technique de préservation ? »
→ « À force de faire. »
Et c’est précisément là que se situe l’enjeu : GSF dispose de collaborateurs très compétents, mais dispersés sur différents sites et leur expertise empirique s’est construite au prix de nombreuses années d’expérience… parfois d’usure.
Or, comme le résume Marie : On ne peut pas attendre que chacun s’use “à force de faire” pour trouver les bonnes techniques. Notre objectif, c’est que les nouveaux les aient dès le début.
Les premiers bénéfices : Un changement de regard déjà enclenché
À ce stade du projet, les résultats concrets sur le terrain sont encore prématurés à communiquer. La compilation et la diffusion des données sont toujours en cours, ce qui ne permet pas encore de mesurer pleinement l’impact opérationnel. Pour autant, des bénéfices significatifs se font sentir, notamment sur le plan humain, organisationnel et relationnel.
Le simple fait d’avoir communiqué autour du projet et d’avoir sollicité un large panel d’acteurs (opérateurs, encadrants, experts métiers) a permis de lever un premier frein : celui de la distance sur le sujet. Il ne s’agit plus d’un sujet “extérieur”, mais un sujet partagé, compris et approprié par une diversité de profils, autour d’une co-construction.
Bénéfice client
Un autre bénéfice majeur concerne la relation avec les clients. En tant que prestataire, les exigences sont fortes, notamment en agroalimentaire. On attend un niveau de propreté irréprochable, y compris dans les zones les plus difficiles d’accès, comme le dessous des machines, tâche souvent invisibilisée.
Marie illustre parfaitement cette invisibilisation du travail : “C’est un peu comme quand on achète un t-shirt en Chine : on ne réfléchit pas forcément à qui le fabrique. Pour les produits agroalimentaires, c’est pareil. Si le saumon fumé sort prêt à consommer d’une usine, c’est qu’un opérateur a dû s’allonger au sol pour nettoyer le dessous d’une machine.” Une réalité que certains clients ne souhaitent parfois ni voir, ni imaginer.
Grâce à ce projet et à KIMEA, la représentation du travail de nettoyage évolue. Les clients prennent davantage conscience des postures contraignantes, des efforts nécessaires et des limites acceptables. Ils comprennent mieux pourquoi certaines demandes peuvent être difficiles, ou pourquoi des aménagements sont nécessaires.
Ce projet a déjà permis de faire progresser la prise de conscience, la compréhension mutuelle et la considération du travail réel, tant en interne qu’auprès des clients. Un premier levier essentiel pour réussir la suite.
La valeur ajoutée de l’outil ?
Pour Marie, la vraie valeur ajoutée de KIMEA tient en deux mots : efficience et crédibilité.
KIMEA a permis d’être plus efficace dans l’analyse de leur activité de nettoyage, en traitant un grand nombre de situations avec de nombreux opérateurs. Cela rend les résultats plus représentatifs et légitimes pour leur diffusion.
Quelques enseignements de l’utilisation de l’outil KIMEA : au-delà de l’analyse des données vidéos, cela nous a permis de regarder et de discuter de l’attitude des opérateurs avec leur encadrants ou avec eux, et d’expliquer la façon de faire. Il en est ressorti que:
Les opérateurs veulent voir ce qu’ils nettoient, les opérateurs veulent être proches des surfaces à nettoyer et parfois par manque d’expérience, par contrainte de l’environnement (qui les entoure), par utilisation d’un outil mal adapté, les opérateurs prennent des postures contraignantes pour bien nettoyer.”
Marie BATTREAU
Ingénieure R&D et Ergonome en formation
Qu’en est-il de l’avenir de l’outil chez GSF ?
Pour Marie, la prochaine étape consiste à étendre l’étude à l’agroalimentaire « sec », notamment dans la biscuiterie, où le nettoyage repose sur le grattage, l’aspiration et l’essuyage manuel.. L’objectif est de couvrir progressivement l’ensemble du secteur agroalimentaire à horizon fin 2026 – début 2027.
Plus globalement, l’extension de KIMEA à d’autres agences ou secteurs d’activités chez GSF reste encore à écrire. Pour l’instant, aucune décision officielle n’a été prise, mais l’outil suscite un intérêt croissant.
Un grand merci à Marie BATTREAU pour son témoignage riche et authentique et aux équipes de GSF pour leur engagement et leur confiance dans l’utilisation de KIMEA !
