Vieillissement des effectifs dans les filières de l’énergie : quel enjeu pour la prévention des TMS ?

Les TMS représentent aujourd’hui plus de 88% des maladies professionnelles en France. Ils épargnent rarement un secteur, une profession, un genre ou une tranche d’âge en particulier.

Avec l’allongement des carrières, une question se pose : comment penser la santé au travail dans la durée ? 

Dans le secteur de l’énergie, cette question prend une dimension particulière : les exigences de sécurité restent élevées, tandis que certaines interventions s’effectuent dans des environnements physiquement contraints.

Les facteurs susceptibles de favoriser les TMS sont multiples et peuvent se cumuler : contraintes posturales, manutentions, accès difficiles, répétitivité des gestes, exposition aux vibrations…

 L’enjeu n’est toutefois pas de considérer les salariés vieillissants comme une population plus vulnérable, mais de s’interroger sur la capacité des situations de travail à rester soutenables au fil des années.

Car prévenir les TMS, c’est aussi permettre aux professionnels de continuer à exercer des métiers exigeants, en préservant leur santé, leur expérience et leur capacité à contribuer durablement à la sécurité des opérations.

Préserver et transférer les compétences : un enjeu de demain pour le secteur

Le vieillissement des effectifs intervient dans un contexte où plusieurs filières énergétiques doivent déjà répondre à d’importants besoins de recrutement et de renouvellement des compétences. 

Le constat démographique est net. À l’échelle mondiale, l’Agence internationale de l’énergie observe un déséquilibre marqué. On y compte 2,4 salariés du secteur proches de la retraite pour un seul nouvel entrant de moins de 25 ans :  un ratio qui grimpe même à 1,7 pour 1 dans le nucléaire et 1,4 pour 1 dans les métiers des réseaux. 

Par conséquent, l’enjeu n’est pas seulement de prévenir les atteintes à la santé. Il convient de permettre aux professionnels expérimentés de rester en activité dans de bonnes conditions, alors même que leurs compétences sont essentielles au fonctionnement et à la transmission des savoir-faire.

L’allongement des carrières invite ainsi à regarder différemment certaines contraintes de travail. 

  Une sollicitation physique ponctuelle peut être acceptable dans une situation donnée. Lorsqu’elle se répète pendant des années, la question de sa soutenabilité se pose autrement.

Des contraintes qui varient fortement selon les métiers

Les réalités de travail diffèrent fortement selon les filières : nucléaire, production et distribution d’électricité, éolien, solaire, hydraulique, réseaux, maintenance…

Les environnements, les équipements, les rythmes d’intervention et les sollicitations physiques ne sont pas les mêmes. Une liste non exhaustive de situations de travail contraignantes pour les opérateurs :

 

  • Travail en espace confiné ou en extérieur : tunnels, fondations, interventions sur site ou conditions météorologiques variables ;
  • Équipements situés en hauteur ou au sol : interventions depuis une nacelle, travail bras en hauteur ou, à l’inverse, opérations nécessitant de travailler au ras du sol ;
  • Manutentions et port de charges : déplacement d’outils, de pièces ou d’équipements, parfois dans des conditions d’accès limitées ;
  • Postures contraignantes : flexion, torsion, travail bras au-dessus des épaules, position à genoux ou accroupie;
  • Environnements exigus ou difficiles d’accès : espaces réduits, accès complexes ou nécessité de maintenir une posture pendant l’intervention ;
  • Gestes répétitifs : répétition d’un même mouvement ou sollicitation répétée d’une même zone corporelle au cours d’une intervention.

A titre d’illustration, deux études menées dans des filières énergétiques donnent une idée concrète de ce que ces contraintes produisent sur le corps.

Dans l’éolien offshore, une étude auprès de 268 techniciens montre que 54 % d’entre eux rapportent des douleurs dorsales, 50 % des douleurs cervicales, 40 % des lombalgies et plus d’un tiers des douleurs à l’épaule. 

Des chiffres directement associés au port de charges, au travail en hauteur ou bras levés, et au port prolongé d’équipements de protection lourds.

Dans le pétrole offshore, un registre national norvégien portant sur douze années et plus de 3 100 cas déclarés montre que les TMS représentaient à eux seuls 47 % de l’ensemble des maladies professionnelles du secteur, avec une nette surreprésentation des métiers de maintenance (40 % des cas).

Réduire les contraintes sans réduire l’exigence 

Dans ces différents métiers, la prévention ne peut pas se construire au détriment des exigences de sécurité ou de la réalité des interventions.

Une opération d’installation ou de maintenance doit rester réalisée dans les conditions prévues, avec le niveau de rigueur et de fiabilité attendu. La question est donc moins de supprimer toute contrainte que de distinguer celles qui sont nécessaires à l’activité de celles qui peuvent être réduites ou évitées.

Cela peut passer par des choix très concrets : faciliter l’accès à un équipement, limiter les manipulations, choisir un outil adapté, revoir la position d’un élément, utiliser une aide à la manutention ou encore modifier l’organisation d’une intervention.

Lorsque la contrainte ne peut pas être supprimée, d’autres leviers peuvent être envisagés : alternance des tâches, organisation différente des interventions, temps de récupération ou aménagements adaptés.

L’enjeu est finalement de ne pas faire reposer toute la prévention sur la capacité du salarié à « tenir » la contrainte. La conception du travail, les équipements et l’organisation peuvent eux aussi contribuer à réduire la sollicitation physique.

Faire de l’expérience un levier de prévention

Avec l’allongement des carrières, l’expérience des professionnels constitue une ressource précieuse pour la prévention. 

L’expérience acquise au fil des années permet d’avoir un périmètre de connaissance sur les difficultés récurrentes, les situations les plus sollicitantes et les adaptations qui permettent de réaliser une opération dans de meilleures conditions.

Le transfert d’expérience est donc un véritable outil de prévention. Il permet de faire remonter ce que les procédures ne détectent pas toujours, et de transmettre des façons de travailler qui concilient efficacité, sécurité et préservation physique.

Ouvrir le dialogue sur les situations vécues 

Pour faire de l’expérience un véritable levier de prévention, encore faut-il créer les conditions pour qu’elle puisse s’exprimer. Quelques questions simples peuvent permettre d’ouvrir le dialogue avec les professionnels sur les situations qu’ils rencontrent réellement : 

  • Quelle intervention / tâche / activité vous sollicite le plus physiquement ?

 

  • Qu’avez-vous appris à faire différemment avec l’expérience ? Et qu’auriez-vous aimé pouvoir faire différemment ? 

 

  • Qu’est-ce qui pourrait être amélioré sans modifier les exigences de sécurité ?

Lorsqu’on parle d’actions préventives ou correctives, on pense souvent en premier lieu aux équipements, aux procédures ou aux aménagements à mettre en place. Pourtant, une partie des réponses peut déjà se trouver dans l’expérience de ceux qui réalisent les interventions au quotidien.

Les professionnels développent au fil des années des stratégies, des adaptations et des astuces pour composer avec les contraintes de leur activité. Les écouter permet de mieux comprendre ces situations, d’identifier ce qui pourrait être amélioré et, parfois, de faire émerger des solutions simples et directement applicables.

Dans un contexte où les filières énergétiques doivent renouveler leurs compétences, ces retours prennent une dimension particulière. Préserver les professionnels expérimentés, c’est aussi préserver et transmettre une partie du savoir-faire de l’entreprise.

Conclusion

Le vieillissement des effectifs invite à repenser la capacité des situations de travail à rester soutenables au fil des carrières. Il invite aussi à ne pas attendre l’apparition des difficultés pour agir. 

Car prévenir l’usure, c’est aussi préserver les compétences, les savoir-faire et, surtout, la santé de celles et ceux qui les portent.

Sources : 

 

Ameli – Les TMS, pourquoi et comment agir https://www.ameli.fr/entreprise/sante-travail/risques/troubles-musculosquelettiques-tms/pourquoi-comment-agir 

IEA – L’emploi dans le secteur de l’énergie a connu une forte hausse, mais la pénurie croissante de main-d’œuvre qualifiée menace la dynamique future https://www.iea.org/news/energy-employment-has-surged-but-growing-skills-shortages-threaten-future-momentum 

Morken, Tone & Mehlum, Ingrid & Moen, Bente. (2006).Troubles musculo-squelettiques liés au travail dans le secteur pétrolier offshore en Norvège. https://www.researchgate.net/publication/6574430_Work-related_musculoskeletal_disorders_in_Norway’s_offshore_petroleum_industry 

Velasco Garrido, M., Mette, J., Mache, S. et al. Douleurs musculo-squelettiques chez les travailleurs du secteur de l’éolien en mer : une étude transversale. https://link.springer.com/article/10.1007/s00420-020-01544-3

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