Flexion, torsion, répétition : le trio TMS de la logistique
La logistique est un secteur dynamique, au cœur de l’économie moderne — mais aussi l’un des plus exposés aux troubles musculo-squelettiques (TMS). Ces troubles, souvent silencieux, impactent fortement la santé des opérateurs, la performance des entreprises et les coûts sociaux.
Les TMS regroupent des affections touchant muscles, tendons et articulations, souvent liées à des mouvements contraints (flexion, torsion) et à la répétition de gestes similaires.
Les chiffres clés des TMS dans la logistique
Forte prévalence dans le secteur
93 % des maladies professionnelles reconnues dans le transport et la logistique sont des TMS. Dans certaines entreprises en logistique, on peut atteindre 95 % des maladies professionnelles attribuées aux TMS.
Impact sur la santé et le travail
28 % des accidents du travail dans la logistique sont liés au mal de dos. Le mal de dos représente 1,3 million de journées de travail perdues, soit l’équivalent de 2 000 emplois à temps plein.
Coût économique
Les entreprises paient environ 61 millions d’euros par an pour couvrir les sinistres liés aux TMS dans ce secteur. À cela s’ajoutent 140 millions d’euros de cotisations sociales, sans compter les coûts indirects.
Concrètement, les TMS ne sont pas une statistique froide : ce sont des arrêts de travail, de la souffrance au quotidien et un coût réel pour les entreprises et la société.
Le trio désastreux : flexion, torsion & répétition
Dans la logistique, certaines contraintes biomécaniques sont particulièrement impactantes :
Répétition
Les gestes de picking, de manutention ou de déplacement de colis se répètent des centaines de fois par jour. La répétition crée une usure progressive des tissus, surtout lorsqu’elle concerne les mêmes articulations et muscles.


Flexion excessive
Travail en flexion du dos, des genoux ou des bras — notamment lors de la manipulation des colis à hauteur variable — augmente la pression sur la colonne vertébrale et les articulations.
Torsions
Les torsions du tronc et des membres (pivoter avec une charge, rotation du poignet) sont particulièrement aggravantes car elles mobilisent simultanément plusieurs groupes musculaires et tendons, augmentant le risque de tendinites, douleurs lombaires ou canal carpien.

Ces trois facteurs s’ajoutent souvent aux postures contraignantes (bras au-dessus des épaules, dos courbé, etc.) et au port ou déplacement de charges lourdes — conditions typiques de nombreux postes logistiques.
Pourquoi le trio flexion – torsion – répétition est particulièrement à risque
Pris isolément, chacun de ces facteurs représente déjà un risque pour l’appareil musculo-squelettique. Mais en logistique, ils se combinent très souvent, ce qui multiplie leur impact sur le corps et accélère l’apparition des TMS.

> La répétition : une usure silencieuse mais continue
Dans les entrepôts et plateformes logistiques, les opérateurs effectuent parfois plusieurs centaines, voire milliers de gestes similaires par jour : saisir, tirer, pousser, déposer, scanner, empiler.
Cette répétition sollicite toujours les mêmes muscles, tendons et articulations, avec peu de temps de récupération.
Résultat :
- apparition de micro-lésions invisibles à court terme,
- diminution progressive de la capacité de récupération des tissus,
- inflammation chronique des tendons et gaines tendineuses.
Contrairement à un accident brutal, la répétition agit comme une usure mécanique. Les douleurs apparaissent progressivement, sont souvent banalisées, puis deviennent chroniques (tendinites, syndrome du canal carpien, épicondylites).
> La flexion : une surcharge biomécanique du corps
La flexion, notamment du dos, est omniprésente en logistique : ramasser un colis au sol, déposer une charge sur un niveau bas, travailler sur des palettes.
Lorsque le dos est courbé, la pression exercée sur la colonne vertébrale augmente fortement.
Quelques repères parlants :
- Une flexion du tronc peut multiplier par 2 à 3 la contrainte sur les disques intervertébraux,
- Associée à une charge, cette pression augmente encore davantage,
- Répétée quotidiennement, elle favorise les lombalgies, les hernies discales et les douleurs chroniques du bas du dos.
De plus, les flexions prolongées ou répétées sollicitent excessivement les muscles lombaires et les genoux, entraînant fatigue musculaire, perte de stabilité et risques accrus de blessure.
> La torsion : un facteur aggravant souvent sous-estimé
La torsion du tronc ou des membres survient lorsque l’opérateur pivote pour poser ou déplacer une charge sans déplacer ses pieds, ou lorsqu’il effectue une rotation du poignet en manipulant des colis.
Le problème de la torsion est qu’elle :
- crée une contrainte asymétrique sur les articulations,
- déséquilibre les forces musculaires,
- sollicite fortement les tendons et les ligaments.
Appliquée à la colonne vertébrale, la torsion augmente considérablement le risque de lésions, surtout lorsqu’elle est combinée à une flexion ou à un port de charge. Au niveau des membres supérieurs, elle favorise les tendinopathies de l’épaule, du coude et du poignet.
Enfin, le trio flexion–torsion–répétition est encore plus dangereux lorsqu’il s’inscrit dans un contexte de :
- cadences élevées,
- contraintes de productivité,
- manque de pauses ou de rotation des tâches,
- postes mal conçus et non optimisés pour les opérateurs.
Dans ces conditions, les opérateurs adoptent des stratégies de compensation (mauvaises postures, gestes rapides), qui accentuent encore les contraintes sur leur corps.
Conclusion
Le trio flexion, torsion, répétition n’est pas seulement une expression — c’est l’interaction de contraintes biomécaniques qui expliquent pourquoi les TMS dominent dans la logistique. Ces troubles ont un coût humain et économique considérable et reste la première cause de maladies professionnelles du secteur.
Mais avec une meilleure prévention, une communication fluide entre les équipes, une organisation du travail plus centrée sur l’ergonomie et une culture de santé au travail, il est possible de réduire fortement leur impact.
